Immigration et asile : Vers une forteresse Europe ?

7e Dialogue européen - 15 mai 2009
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Le président de la Fondation Jean Monnet, José María Gil-Robles, animateur du Dialogue
© Fondation Jean Monnet pour l’Europe, Félix Imhof

 

Oui, le thème de l’asile et de l’immigration est un sujet sensible, pour diverses raisons. Et le succès du 7e Dialogue européen de la Fondation Jean Monnet tient notamment au fait que les intervenants ont su exposer ces raisons et les expliquer dans une perspective politique, mais dégager aussi les enjeux humains.

 

 

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Le Vice-président de la Commission européenne, Jacques Barrot
© Fondation Jean Monnet pour l’Europe, Félix Imhof

 

 

Le 15 mai 2009, après une brève présentation des orateurs par José María Gil-Robles, Président de la Fondation, le Vice-président de la Commission européenne Jacques Barrot initiait le débat en présentant la politique de l’Union européenne en matière d’immigration et d’asile pour les années à venir. Dans son discours, intitulé « Pour une Europe responsable et solidaire », le Commissaire a évoqué les données les plus récentes, les bases légales actuelles et les projets en cours à Bruxelles. Cependant, il a tenu à insister sur la dimension sociale du problème, sur l’urgence d’avoir une approche globale, c’est-à-dire une politique européenne unifiée qui soit un véritable modèle pour le monde.

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Jacques Barrot, en plein débat avec ses collègues orateurs
© Fondation Jean Monnet pour l’Europe, Félix Imhof

 

Selon le Commissaire Barrot, il faut en priorité lutter contre l’immigration irrégulière, véritable fléau pour les pays d’accueil, certes, mais en premier lieu pour les immigrés eux-mêmes. La question est de savoir pourquoi l’immigration vers l’Europe est si massive et en quoi l’Europe est si attractive. « L’aspiration des immigrés, c’est avoir un futur ; et ils pensent qu’en Europe, ils auront un futur« . Il suggère donc une étroite collaboration entre les pays d’origine et les pays d’accueil, afin de travailler ensemble au développement des pays à forte émigration.

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Le Conseiller national Carlo Sommaruga
© Fondation Jean Monnet pour l’Europe, Félix Imhof

 

Argument repris par le Conseiller national Carlo Sommaruga, qui s’est réjoui des propos du Vice-président. Selon lui, il faut repenser et réformer le système mondial, afin que les migrants n’aient plus de raison de s’exiler ainsi vers un avenir – prétendument – meilleur, ou, le cas échéant, puissent le faire dans des conditions décentes. En effet, si 10-15% des migrants mondiaux sont en situation irrégulière et travaillent au noir, c’est qu’il y a bel et bien un système auquel cela profite. L’Europe est donc trop souvent un « Eldorado virtuel et illusoire« , puisque les conditions de vie des immigrés peuvent être très mauvaises. C’est ce système qu’il faut changer.


L’Europe, un Eldorado virtuel et illusoire 

 

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Carlo Sommaruga a présenté la situation helvétique
© Fondation Jean Monnet pour l’Europe, Félix Imhof

Côté helvétique, il a souligné que la Suisse a donné des signes très encourageants, allant vers une réelle ouverture et une réelle politique d’intégration, comme le prouvent les votations populaires pour la libre circulation des personnes. Il déplore cependant que certaines régulations soient encore trop coercitives, ou que certains projets en cours visent à restreindre l’ouverture qui découle des accords de Schengen.

 

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Le Conseiller d’Etat Philippe Leuba
© Fondation Jean Monnet pour l’Europe, Félix Imhof

 

Suite aux interventions de ses collègues, Philippe Leuba décide de laisser son discours de côté et de présenter spontanément la tâche quotidienne d’un conseiller d’Etat qui, « les mains dans le cambouis », est amené à déterminer le destin de milliers de personnes.

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Philippe Leuba s’adressant à l’auditoire
© Fondation Jean Monnet pour l’Europe, Félix Imhof

C’est bien là toute la difficulté de ces questions d’immigration et d’asile : au cas par cas, c’est l’humain qui prévaut, mais lorsqu’il s’agit d’édicter des lois, le législateur doit penser à la communauté et donc statuer de manière beaucoup plus générale.

 

Il s’agit d’être raisonnable, c’est-à-dire contribuer à une réelle intégration des immigrants et des demandeurs d’asile, favoriser l’ouverture et l’égalité des chances ; mais aussi exiger le respect de nos lois et appliquer les mesures de renvoi en cas de refus ou d’abus. C’est à travers cet équilibre que peut se développer une intégration réussie, comme c’est déjà largement le cas dans le canton de Vaud souligne-t-il.

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Après les allocutions, place aux questions du public
© Fondation Jean Monnet pour l’Europe, Félix Imhof

 

Après ces interventions engagées, précises et sensibles, le Dialogue s’est clôt avec les questions du public. Travail au noir, coopération technique, déficit démographique, l’occasion pour Messieurs Barrot, Sommaruga et Leuba de préciser leur pensée en confirmant leur position, finalement commune dans l’ensemble : il faut bel et bien pouvoir compter sur une Europe responsable et solidaire.

Voir un extrait de l’interview de Jacques Barrot

 

Voir un extrait de l’interview de Carlo Sommaruga

 

Voir un extrait de l’interview de Philippe Leuba

 

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José María Gil-Robles
© Fondation Jean Monnet pour l’Europe, Félix Imhof

 

Le mot de la fin est revenu au Président Gil-Robles, qui rappela avec émotion qu’en matière d’immigration et d’asile, le plus pénible est de devoir souvent faire prévaloir la raison sur le cœur, et que la solution se trouve donc dans un subtil équilibre entre ces deux composantes essentielles de l’être humain.

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