L’Europe et les jeunes : un rendez-vous difficile ?

9e Dialogue européen - 3 juin 2010

Après une brève introduction de José María Gil-Robles, Dominique Joye, professeur associé à l’Université de Lausanne, a offert le point de vue du sociologue et présenté des données d’enquêtes suisses et européennes récentes (2008-2009), spécialement compilées pour l’occasion.

Joye
Le Professeur Dominique Joye
© Fondation Jean Monnet pour l’Europe, Félix Imhof

Ce travail novateur a permis de cerner les opinions des jeunes de moins de 30 ans par rapport  aux autres classes d’âge, et d’étudier de façon plus pointue les opinions des jeunes en fonction de leur formation. Les résultats ne sont pas très différents de l’ensemble de la population suisse et des populations européennes en général. On constate malgré tout que les plus jeunes sont souvent plus conservateurs que la tranche des 30-45 ans. Afin d’inverser cette tendance, il faudrait selon Dominique Joye « reconstruire le rêve européen ».

 

 

Voir un extrait de l’interview de Dominique Joye

 

Ferry
Le Professeur Jean-Marc Ferry
© Fondation Jean Monnet pour l’Europe, Félix Imhof

 

Professeur à l’Université libre de Bruxelles, Jean-Marc Ferry a présenté le point de vue du philosophe. Les jeunes sont plus conservateurs certes, mais ils sont peut-être surtout plus inquiets ? La peur du futur paralyse la confiance en l’Europe. Face au malaise, une attitude volontariste est nécessaire. Jean-Marc Ferry invite à repenser la relation entre l’économique, le social et le développement durable, à renouveler et européaniser le contrat social, à développer l’apprentissage précoce des langues, la mobilité Erasmus et Socrates et la traduction. La culture est en effet le volet qui touche le plus les jeunes ; un sentiment de cohésion peut donc naître d’un patrimoine commun mis à la portée de tous les européens.

 

 

Voir un extrait de l’interview de Jean-Marc Ferry

 

 

Anne-Catherine Lyon s’est exprimée en tant que ministre de la formation, de la jeunesse et de la culture du Canton de Vaud, mais aussi personnellement comme militante de l’adhésion à l’Union européenne s’exprimant dans un cadre universitaire. Elle a rappelé son expérience et ses combats européens depuis 20 ans, ainsi que la difficulté à convaincre le peuple suisse. Pourquoi ? Parce que la paix est aujourd’hui faite en Europe ; cette réalité, motivation première de la construction européenne, ne fascine plus les jeunes. En outre, la prospérité n’est plus forcément assurée et pour la première fois dans l’histoire contemporaine, les jeunes pourraient vivre moins bien que leurs parents.

Lyon
La Conseillère d’Etat Anne-Catherine Lyon
© Fondation Jean Monnet pour l’Europe, Félix Imhof

Anne-Catherine Lyon a rappelé que le fédéralisme suisse a des similitudes avec le projet européen. La construction européenne rappelle sensiblement l’histoire de l’édification de la Suisse. Il faut de la patience et il faut rassurer. L’école peut renforcer le sentiment de confiance des jeunes. Elle ne doit pas être partisane mais peut tout de même sensibiliser les jeunes à l’histoire européenne, les informer concrètement et développer leur ouverture grâce à la mobilité qui est aujourd’hui déjà une réalité et une priorité. En conclusion, Anne-Catherine Lyon s’est voulue provocante, invitant les jeunes à réagir. « La Suisse a-t-elle encore des amis ? ». « Pourra-t-elle encore entrer un jour dans l’Union européenne autrement qu’à genoux ? ».

 

Voir un extrait de l’interview d’Anne-Catherine Lyon

 

Gil-Robles
José María Gil-Robles, président de la Fondation
© Fondation Jean Monnet pour l’Europe, Félix Imhof

 

José María Gil-Robles a ouvert le débat en rappelant les grands objectifs de la construction européenne : la paix et la prospérité. Il a confirmé que ces motivations ne sont aujourd’hui plus suffisantes pour toucher les jeunes. Selon lui, le message actuel doit être que « L’Europe est une nécessité ». Dans notre monde multipolaire, où se développent de grandes formations territoriales et où les enjeux sont devenus planétaires, il faut en effet s’unir pour peser dans la balance. L’Europe doit former une entité cohérente si elle souhaite pouvoir encore compter sur la scène internationale.

 

 

Voir un extrait de l’interview de José María Gil-Robles

 

 

Un riche débat s’en est suivi, qui a embrassé de nombreux thèmes.

Jeune
© Fondation Jean Monnet pour l’Europe, Félix Imhof

 

Pour répondre à la question « L’Europe et les jeunes : un rendez-vous difficile ? », plusieurs points ont été évoqués :

  • Aujourd’hui, l’intérêt pour la politique est plus faible chez les jeunes, de manière générale. A cela s’ajoute le caractère de l’information donnée aux jeunes : les enjeux européens ne sont pas porteurs pour les médias et le traitement de ces questions est souvent réducteur.
  • La jeunesse actuelle a bénéficié de plus de liberté que ses prédécesseurs ; mais l’absence d’un cadre normatif a-t-il précisément renforcé le sentiment d’insécurité, contribuant à expliquer l’attitude plus conservatrice de cette jeunesse ?
  • Il est difficile de percevoir les développements de la construction européenne en temps réel ; souvent l’Europe progresse dans les crises, d’où une tendance à se focaliser sur les crises elles-mêmes plutôt que sur les progrès réalisés.
  • Dans le vieux débat entre une construction fonctionnaliste et une construction plus politique de l’Europe, force est de constater que la construction politique a beaucoup de difficulté à se mettre en place même si elle progresse. Or plus l’on progresse vers celle-ci, plus la part de rêve s’efface. Comme l’a relevé Anne-Catherine Lyon : « quel Etat fait encore rêver ? ».
  • Il faut axer les messages sur l’émotionnel si l’on souhaite renforcer la cohésion et aboutir à une vraie union de valeurs ; créer un sentiment de « mémoire partagée » plutôt que de « politique commune » uniquement.
top