Parution du livre « Jean Guyot – Un financier humaniste » par Alessandro Giacone, CNRS Editions

Le nouveau livre d’Alessandro Giacone, ancien élève de l’Ecole normale supérieure, agrégé d’histoire et d’italien et maître de conférence à l’université de Grenoble, que la Fondation a eu la satisfaction de compter parmi les chercheurs ayant fréquenté ses archives, nous livre une biographie de Jean Guyot et nous éclaire sur ce « financier humaniste », grand banquier d’affaires et homme d’influence. Le parcours « fascinant et singulier » de cet homme décrit comme étant d’une grande discrétion commence en 1921 entre les sommets alpins. Il est issu d’une famille faisant partie de la bourgeoisie grenobloise. Lorsque la Seconde Guerre mondiale éclate – il est alors âgé d’à peine dix-huit ans – il s’engage volontairement et rejoint l’organisation Jeunesse et Montagne. Il fréquente une école de cadres qui – tout comme lui – évolue vers la Résistance. Après avoir été maquisard dans le Cantal et participé à la libération de Lyon, Il « monte » à Paris à la fin de la Guerre. Son impressionnante carrière commence alors avec son accession au concours de l’Inspection des Finances, auquel il est reçu en 1945. Elle connaît une rapide ascension entre 1946 et 1948, où il est d’abord membre des cabinets de Robert Schuman au ministère des Finances, à la Présidence du Conseil et au Quai d’Orsay. Avant d’atteindre le poste de sous-directeur du Trésor en 1949, il devient secrétaire de la Commission des investissements un an auparavant. Dans le cadre de ses différents mandats, il rencontre Jean Monnet qui, en 1952, l’invite à entrer à la Haute Autorité du Charbon et de l’Acier dont il sera le premier directeur de la division des Finances. Il rejoint ainsi le club des pionniers de la construction européenne. Jean Guyot possèdent de multiples talents. Aussi, il embrasse un nouveau pan de sa carrière avec son entrée à la banque Lazard. Au bénéfice d’une « entente privilégiée » avec André Meyer et Pierre David-Weill, il se positionne rapidement comme l’un des principaux associés de la banque à Paris. Il acquiert ainsi une large expérience sur les marchés financiers de par ses relations avec les plus grands banquiers mondiaux. A son poste, il se spécialise dans les questions liées à l’automobile, la sidérurgie, l’aviation et au pétrole. Il jouera par ailleurs, tout au long de la seconde moitié du XXe siècle, un rôle prépondérant, notamment dans la modernisation de l’industrie française. En marge de sa carrière dans le secteur privé, Guyot continue à œuvrer pour le bien commun avec son apport important au sein du comité Rueff qui aboutit à la création du « nouveau franc ». Puis, tout au long des décennies suivantes, il conseillera personnellement les hommes politiques au pouvoir, parmi lesquels on peut nommer Maurice Couve de Murville ainsi que les présidents Pompidou et Giscard d’Estaing. Parallèlement à son influence nationale, Jean Guyot propose son soutien et son expertise à Jean Monnet et au Comité pour les Etats-Unis d’Europe. Ce livre nous fait ainsi découvrir le parcours fascinant d’un homme profondément européen ainsi que financier et humaniste. En effet, dès le début des années 80, Guyot prend peu à peu ses distances du monde bancaire et porte ses réflexions sur de multiples sujets, comme la régulation du système monétaire international, l’avenir de la construction européenne, l’évolution des rapports entre nations. Il participe également aux activités de grand nombre d’associations et fonde, en 1992 avec sa femme, la fondation Hippocrène qui cherche à renforcer la cohésion entre les jeunes Européens par le soutien de projets européens destinés aux jeunes générations. Dans la préface d’Eric Roussel il est dit des financiers qu’ils « n’aiment guère parler d’eux », c’est ainsi que cet homme « élégant et discret » qu’était Jean Guyot, inconnu du grand public mais œuvrant pour l’intérêt général de son pays et de l’Europe tout au long de sa vie, pourrait être le mieux défini. Le livre d’Alessandro Giacone nous donne la possibilité d’en connaître davantage sur cet homme considéré comme l’une des « trente personnalités les plus puissantes de France à l’époque », mais également de se plonger dans l’histoire politique et économique des cinquante dernières années.    

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